Cyber-surveillance au sein des établissements scolaires


Aux Etats-Unis, quand un élève veut aller aux toilettes, il ne lève pas la main pour demander la permission à son professeur : il va faire une requête sur son ordinateur. L'enseignsant approuve, le chronomètre démarre.

Après un certain temps, s'il n'est pas revenu, le professeur reçoit une alerte. L'application e-Hallpass est en effet venue remplacer l'autorisation de sortie de classe dans une centaine de lycées américains. Toutefois, un des élèves, Christian Chase, a lancé une pétition en ligne afin d'arrêter l'usage d'une telle technologie qu'il trouve invasive.


Cette affaire a permis de relancer le débat sur l'utilisation des données scolaires. D'un côté, les défenseurs des applications comme Google G Suit for Education ou Class Dojo mettent en avant que ces applications peuvent révolutionner l'enseignement et rassurent concernant leur utilisation des données personnelles des mineurs. De l'autre, les parents s'inquiètent sur l'utilisation future des données de leur progéniture.

Ces données pourront-elles être utilisées à des fins d'embauches ? Peuvent-elles être transmise aux partenaires commerciaux ?


Si les entreprises américaines se défendent de partager les données scolaires à leurs partenaires, un débat similaire s'est développé sur le Vieux Continent.


La présidente de la Commission Nationale Informatique et Liberté (CNIL), Marie-Laure Denis, affichait "le respect des nouveaux droits des mineurs, notamment (…) la vidéosurveillance dans les écoles" comme une de ses priorités. Si la protection des données personnelles est déjà affirmée comme étant un droit fondamental par l'article 8 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne, cette protection doit se conjuguer à l'intérêt supérieur de l'enfant.

Tenant compte de ces droits fondamentaux, le considérant 38 Règlement Général à la Protection des Données (RGPD) affirme que "les enfants méritent une protection spécifique en ce qui concerne leurs données à caractère personnel."

- Photo de Aaron Burden sur Unsplash


C'est cette protection spécifique que la CNIL entend appliquer par la mise en demeure d'au moins trois établissements dont les caméras filmaient en permanence: salle de cours, cantine, salle de sport, cours de récréation. Si la CNIL a jugé bon de rendre publiques ces missives, elle a néanmoins préféré garder pour elle tous les détails concernant les établissements fautifs.


De tels incidents s'étaient déjà produits en 2011 et avaient conduit à des mises en demeure de la CNIL. On peut encore se rappeler qu'en octobre dernier la CNIL avait jugé disproportionnée l'utilisation de la reconnaissance faciale, concernant des élèves, pour la plupart mineurs, dans le seul but de fluidifier et de sécuriser les accès à deux lycées.


Plus qu'une question de protection des données personnelles des mineurs, c'est une question éthique qui se pose. Doit-on habituer nos enfants à une surveillance de masse ?


- Hadrien Rose



Sources :

- The Washington Post, 29 octobre 2019, "School apps track students from classroom to bathroom, and parents are struggling to keep up"

- Futurism, 2 novembre 2019, "Schools are using an app to track student while they pee"

- Le Monde, 18 décembre 2019, Vidéosurveillance : la CNIL épingle plusieurs établissements scolaires

- Next INpact, 18 décembre 2019, Des établissements scolaires épinglés par la CNIL pour  vidéosurveillance excessive

- Le Monde, 31 mai 2011, La CNIL limite les caméras de surveillance à l'école

- CNIL, 29 octobre 2019, Expérimentation de la reconnaissance faciale dans deux lycées : la CNIL précise sa position


Ce site internet est édité par l'Association des étudiants du Master 2 DC2EN

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